20.2.14

F.POLISARIO: SI CERTAINS ABANDONNENT LE NAVIRE, C’EST QU’IL N’Y A PLUS DE COMMANDANT À BORD

par Me Takioullah Eidda

Sous le titre «Elmekhzen brule la pièce du lâche Ahemedou Ould Soueilem», la rédaction du site FUTUROSAHARA du Polisario, se permet le luxe de l’indécence de qualifier cet honorable homme de traitre et de vendu au Maroc. (article en arabe)

Comme on dit, à beau critiquer qui en profite de loin!

À qui échappe aujourd’hui qu’Ahmedou et bien d’autres avant lui, ont épousé le plan d’autonomie du Maroc par nécessité et non par plaisir? Personne!

Il faut dire par ailleurs, qu’il n’y a pas une grande différence entre ceux qui attendent une solution indépendantiste improbable, dans la passivité et la dépendance totales, dans les camps de réfugiés sous le contrôle de l’Algérie; et, ceux qui attendent, dans la crainte, une solution quelconque sous le contrôle du Maroc! Avec cependant cette petite nuance; ceux qui attendant sous le contrôle du Maroc, attendent au moins chez-eux: au Sahara Occidental.

Pour rappel, Ahmedou Ould Souïlem est l’un des premiers militants de la lutte contre l’Espagne, malgré le très haut rang qu’occupait son père Soueïlem Ould Abdellahi (Allah yarhmou): Maire de la ville de Dakhla et membre d’El-Cortes Espagnol (Assemblée), avec les multiples avantages dont jouissait sa famille auprès de l’Espagne et à la tête de la hiérarchie tribale de Awlad Dleim.
Ahmedou est aussi, avec son père, parmi les premiers à combattre le Maroc, alors que ce dernier les suppliait à faire comme Khatry Ould Joumany et Ikhalihina Ould Rachid. Rien n’y fait. Tant le père Soueïlem (Allah yarhmou) y tenait à être à la première loge de la lutte armée du peuple sahraoui, tant le fils, Ahmedou, y tenait à sillonner le Monde pour expliquer la justesse de sa cause et la nécessité de sa lutte.

Ça c’était en 1976. Bien de l’eau a coulé sous le pont depuis! Soueïlem père (Allah yarhmou) est décédé dans l’exil, pauvre, mais digne comme il l’a toujours été. Quant à Ahmedou, il a continué à servir la cause de son peuple, même dans les moments les plus difficiles sur les étendues arides de Lehmada et du Zemour, dans le mépris, l’isolement et l’indifférence des leaders du F. Polisario à Tindouf.

C’était après ces moments douloureux qu’Ahmedou Ould Soueïlem a décidé d’épouser le plan autonomiste du Maroc, en débarquant à Rabat au mois de juillet 2009. Acte regrettable pour la cause sahraouie certes, mais inévitable selon le bon sens et justifiable dans les circonstances. En effet, n’eût été la tare des leaders du F. Polisario, Ahmedou Ould Souïlem, et bien d’autres, n’auraient jamais quitté la cause de leur peuple ni rallié le plan d’autonomie marocain. Pour ma part, la lâcheté est donc beaucoup plus du côté du leadership du F. Polisario, pas seulement vis-à-vis de Ahmedou, mais bien vis-à-vis de tous les Sahraouis: morts sur le front, refugiés en Algérie, immigrants et militants partout ailleurs.

A- Lâcheté du Polisario vis-à-vis des Sahraouis morts sur le front
Suivant la déclaration du 20 mai 1974, des milliers de combattants sahraouis et mauritaniens ont pris les armes, en 1975-1979 au sein de l’armée de libération sahraouie, pour combattre les colonialistes espagnols, puis les agresseurs maroco-mauritaniens, dans le but de permettre au peuple sahraoui de décider de son destin. Parmi ces combattants, le très regretté El Welly Mustapha Sayed (Yarhmou). Une grande partie de ces combattants valeureux sont partis sur le front de bataille pour y laisser leurs vies, avec la certitude irréversible que le combat armé ne cesserait qu’après l’indépendance de ce territoire ou l’exercice par son peuple de son libre choix.
Aujourd’hui, ils doivent tous, à commencer par El Welly, se tourner dans leurs tombes. Car, depuis 1991, 23 ans déjà, aucune balle n’a été tirée sur le front par un quelconque combattant du F. Polisario!
Rangées et rouillées, les armes ont laissé place au folklore, au commerce et au faux semblant. Pire, elles ont laissé au Maroc le confort de s’installer, de s’organiser et de s’imposer, de fait, en attendant la résurrection improbable d’un nouveau «El Welly Mustapha Sayed» ou encore que la cause de ce peuple finie par tomber complètement dans l’oublie. Au rythme où vont les choses, et selon toute vraisemblance, cette dernière probabilité a plus de chance de se matérialiser que la première.

B- Lâcheté du Polisario vis-à-vis des Sahraouis réfugiés
Lors de la visite de la Mission des Nations-Unies au printemps de 1975, le F. Polisario a mis toutes ses énergies auprès des populations sahraouies et ses alliés, au Sahara Occidental et dans les pays limitrophes, pour les convaincre de sortir et lui démontrer leurs attachements comme étant le seul et unique représentant de leurs aspirations indépendantistes. Chose faite!
Après les accords tripartites de Madrid le 14 novembre 1975 et l’invasion du Sahara Occidental par le Maroc et la Mauritanie, presque toutes les populations du territoire, sous l’impulsion de la naïveté et d’une croyance erronée du F. Polisario, ont pris la fuite vers l’Algérie pour chercher protection, assistance et recouvrement de leurs droits.
Certes, elles ont trouvé protection, pas auprès du F. Polisario, mais bien auprès du Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR), du Comité de la Croix Rouge Internationale (CICR), d’autres organisations humanitaires de bonnes volontés et, bien sûr, auprès des algériens, lesquels montrent aujourd’hui des signes d’impatience et de saturation évidents.
Le malheur de ces réfugiés sahraouis, est que cette aide a fini par être canalisée, mobilisée et détournée, en grande partie, à l’avantage de certains dirigeants du F. Polisario (qui n’ont jamais vu le Sahara Occidental que sur une carte), grâce à laquelle ils ont développé un commerce de tout genre et se sont enrichis outrageusement, laissant aux réfugiés les miettes, la misère et la dépendance depuis bientôt quarante (40) ans. Et comme si ce n’est pas assez, il faut ajouter l’impasse crépusculaire, sans aucune perspective de solution, dans lequel ils se sont retrouvés, sans parler de la moins chance de retour à la mère patrie.

C- Lâcheté du Polisario vis-à-vis des Sahraouis immigrants
Les sahraouis sont aujourd’hui éparpillés à travers le monde. De Cuba à l’Australie, ils sont des apatrides, privés de combattre pour libérer leurs pays, sans pièces d’identités valablement reconnues, ni protection juridique. Même les palestiniens sont mieux lotis! Au moins eux, ils ont des territoires et une autorité reconnue. Les sahraouis immigrants ne sont en fait rien: perdant leur identité à petit feu, ils ne semblent représenter aucun intérêt ni pour le F. Polisario, encore moins pour les pays d’accueils.

D- Lâcheté du Polisario vis-à-vis des Sahraouis militants
C’est grâce au travail des militants de la première heure que la cause du peuple sahraoui a pu voir le jour et rayonner à travers le monde. Ces militants qui ont donné leur jeunesse, leurs talents et hypothéquer leurs vies, leur avenir et celui de leurs enfants, se sont retrouvés aujourd’hui devant le néant du mirage. Et pourtant, le leadership du F. Polisario continu à leur dire, ou à leur faire croire, que la cause est sur la bonne voie; que les négociations avec le Maroc finiront par assoir le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination; et, que le tout, est juste une question temps, comme si quarante ans ne sont pas assez!! Pendant ce temps, ce même leadership du F. Polisario s’investie à construire des grandes maisons à Tindouf et ses environs. Ses membres et leurs familles, issus de cette même région, s’inscrivent dans les registres de l’état civil algérien en obtenant la nationalité de ce pays, suivant l’adage hassani bien connu: «si nous nous abreuvons, que le puits s’effondre par la suite».

Le peuple sahraoui est donc aujourd’hui orphelin de son leadership, laissé pour compte, abandonné à ses ennemis charognards et utilisé comme source de légitimation d’un groupuscule sans perspective ni vision nationale aucune. Certes, le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui est inaliénable, reconnu et affirmé par toutes les instances internationales et l’aveuglement volontaire persistant du Maroc n’y peut rien! Gdeym Izick est là pour nous le rappeler.

Mais, le malheur de ce peuple est que son faux leadership essaie de faire le vide autour de lui, tout en utilisant la justesse de la cause comme «exercice» de légitimité sur son «vélo stationnaire» à Rabouny, pour être sûr d’y rester toujours sur place. Jusqu’à quand? Chose est certaine, personne n’a le monopole de l’intérêt du peuple sahraoui, plus que lui-même! Et, tout un chacun, détient l’exclusivité de la destinée de sa personne, surtout quand il s’agit de se soustraire à un suicide quasi collectif qui ne dit pas son nom.

Maître Takioullah Eidda, avocat
Québec, Canada
quebec171[at]gmail.com
20.02.14

-------------- Ce texte exprime l'opinion de l'auteur et n'engage pas les modérateurs du forum.
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2 comentarios:

Marieme Mohamed dijo...

Vous aviez bien raison Maître Takioullah, le destin du peuple sahraoui est maintenant piégé par les intérêts stratégiques du Maroc et de l'Algérie. Malheureusement, le Front POLISARIO, est comme on dit: "circulez, il n'y a rien à voir!"

SAID dijo...

Ce qui a changé pour indiquer tout ce que vous dites?, Le Sahara est occupé par des intérêts économiques.
Echáis blâment le Polisario de tout ce qui se passe, même le malheur de Ahmadou sueilam. Il a quitté le Polisario car il est un échec et un traître.