6.8.15

LES MAUX DE LA MAURITANIE LUI VIENNENT DE TRARZA

 Maître Takioullah Eidda

RAPPEL HISTORIQUE: LES MALHEURS DE LA MAURITANIE LUI SONT VENUS DE TRARZA

Le Colonel (ER) Oumar Ould Beibacar, avec tout le respect que je lui dois, est sorti de ses gonds pour accuser certaines tribus du Nord de pillards et d’étrangers qui ont trahi les «pacificateurs» de Trarza formant le Groupement Nomade (GN) des colonisateurs français! [Le Calame / CRIDEM, 05.08.15]

Selon lui, le nom de l’aéroport de Nouakchott ne doit en aucun cas porter la référence à la bataille que ces «anciens terroristes» ont mené contre les pacifiques et gentils français à «Oum Tounssi». Bizarre, vraiment bizarre!!!

Pourtant, si la Mauritanie doit rendre un quelconque hommage à une action hautement patriotique de son Histoire, surtout celle relative à la lutte contre le colonialisme, c’est à ces vaillants moujahidines, qui se sont battus les cœurs dressés à Oum Tounssi, que leur revient le mérite et la reconnaissance.

En revanche, les alliés des français à Boutilimitt, au nom de qui certains brandissent aujourd’hui la relativité des actions de ces honorables martyrs de Oum-Tounssi, savaient ou devaient savoir que l’élite traditionnelle de Trarza en était, en grande partie et à ce jour, la source de tous les malheurs de la Mauritanie. Voici trois tournants majeurs de l’Histoire de ce pays qui en sont la preuve la plus irréfutable.

ACTE-I: BABA OULD CHEIKH SIDIYA DICTE UNE FATWA EN FAVEUR DE LA FRANCE

Après la mort de l’Emir Mohammed El Habid en 1860, tué endormi à bout portant par Mohammed Ali Koury, des longues querelles, assassinats et batailles, ont opposé les émirs frères et cousins de Trarza (de Sidi Ould Mbaïrika à Ahmed Ould Saloum II).

Affaibli, l’émir Ahmed Ould Seloum II proposa et signa, en 1891, un traité avec le Gouverneur du Sénégal, par lequel il plaça l’émirat de Trarza sous protectorat français.

Après quoi, la France sépara la rive droite du fleuve et désigna Xavier Coppolani, comme Commissaire du Gouvernement Général. C’est le début de la pénétration de la Mauritanie par les troupes coloniales françaises!

Puis en 1902, à Dagana, Ahmed Ould Saloum II signe une déclaration selon laquelle le Trarza est définitivement un protectorat français et la base arrière de la conquête du reste de la Mauritanie. Le 12 janvier 1920, elle devient une «colonie» rattachée au groupe de l’Afrique Occidental Française (AOF).

C’est nul autre que le chef spirituel Baba Ould Cheikh Sidiya, qualifié par les colonisateurs comme étant «le meilleur ami de la France», avec sa célèbre Fatwa en faveur des français, qui donna à Coppolani les clefs d’entrée à cette Mauritanie toute vierge de Blad Chinguitti.

ACTE-2: L’ÉMIR DE TRARZA OULD OUMEIR OFFRE LA MAURITANIE AU MAROC

Le 28 février 1958, à M’hamid El Ghizlan, feu le Roi Mohamed V, sous l’influence de Allal El Fassi, chef du parti Elistiqlal, prononça son célèbre discours dans lequel il proclama la mise en place du Grand-Maroc, dont les frontières vont de Tanger à Saint-Louis et de Tombouctou à Béchar en Algérie. Si bien que la Mauritanie toute entière fait partie intégrante du territoire marocain.

Dans ses revendications de la Mauritanie, le Maroc n’a trouvé meilleur serviteur et plus zélé que l’Émir du Trarza Mohammed Fall Ould Oumeir. Ralliant le Maroc en 1958, il prêta allégeance au roi Mohamed V, qui le nomma Ministre d’État chargé des Affaires de la Mauritanie, poste pour lequel il fut reconduit par le nouveau roi, feu Hassan 2, en 1961 et en 1963.

«L’émir» de Trarza, est allé devant et sur toutes les tribunes des grandes instances internationales, y compris l’ONU, pour réclamer haut et fort la marocanité de la Mauritanie, la facticité de celle-ci, sans parler des opérations de sabotages et de violences qu’il avait organisés et planifiés à distance contre ce pays.

ACTE-3: MOKHTAR OULD DADDAH ET GUERRE AU SAHARA OCCIDENTAL

Tout juste sortie des griffes du Maroc, la Mauritanie de 1975 est un pays pauvre mais paisible: des cultivateurs sur les berges du fleuve; des nomades éleveurs dans les Hodhs et au centre, vivants au crochet d'une économie pastorale, dépendante de la pluie et du beau temps.

Dans le Nord, grâce aux labeurs des ouvriers au fond de la fosse de la mine à Zouerate, l'État mauritanien arrive à prouver et maintenir, symboliquement, son existence.

Sur le plan des infrastructures, elles sont à 95% inexistantes. La route de l'espoir, Nouakchott-Néma, est encore en chantier. La région du Nord, poumon de l'économie nationale, est complètement enclavée (d’ailleurs encore aujourd’hui).

Au sein des institutions, tout le monde est sardiné au sein des structures du parti unique, le PPM, et aucune voie de dissidence n'est tolérée.

L'armée comptait plus ou moins 3000 à 5000 hommes, équipés de fusils masse-36, dont le tiers est composé de Goumiates.

Tous ses bataillons d’infanteries et d'artilleries, sont équipés de quelques 20 véhicules blindés légers AM-60, dont une bonne partie est hors d’usage. Et pour terminer avec la force aérienne, celle-ci se limite à deux avions de type Skyvan, reçus en décembre 1975.

La seule source de revenu dont disposait l’État en 1975, lui venait du gisement de la mine de Tazadit à Zouerate. Située sur la frontière avec le Sahara Occidental, cette mine est exploitée à ciel ouvert et son chemin de fer est exposé, en plein désert, sur des dizaines de Km à la ronde s'étalant sur 650Km de longueur.

 Sur le plan diplomatique, il n'y a plus percutant que le constat d'Abdelaziz Dahmani (Jeune Afrique 1974, No 702): «L'ampleur des desseins de la diplomatie mauritanienne est freinée dans son action par la médiocrité des moyens matériels et humains dont dispose le pays».

C'est ça la réalité de la Mauritanie au jour du 14 novembre 1975. Et feu le Président Mokhtar Ould Daddah était le mieux placé pour le savoir.

Donc, la dernière chose à laquelle devait penser les mauritaniens et leur supposé «sage» président était la guerre. Surtout pas contre des frères Bidhanes, de surcroit pour quelques centaines de km de Sahara "inutiles", alors que la Mauritanie ne savait pas quoi faire de ceux qu'elle possède déjà.

Comment une personne, à priori intelligente, modérée et raisonnable comme feu le Président Mokhtar Ould Daddah, qui a construit la Mauritanie "contre vents et marrées" puisse penser un instant aller en guerre dans un état pareil et avec son ennemi de tous les temps, de tous les bords et de tous les côtés: le Maroc ????

Le Maroc qui a revendiqué la Mauritanie dans tous les forums, devant toutes les instances et à toutes les occasions. Le Maroc qui a corrompu l'élite naissante de la Mauritanie; qui a armé des groupes pour la déstabiliser et qui lui a nié son identité et son être de "Bilades ElBidhane"!

De cette guerre, la Mauritanie est sortie humiliée, agenouillée et vaincue, car cette maudite guerre n’obéissait à aucune logique explicable ou compréhensible pour les mauritaniens qui ont payé lourdement son prix.

C’est grâce à l’institution militaire que la Mauritanie a pu rompre avec la logique de la fuite en avant et sortir de son état végétatif clinique dans lequel elle se trouvait en 1978. On connaît la suite …

CONCLUSION

De 1929 à 1960, de Tijigja à Aïn-Bintilli, en passant par Wediane El Kharoub, les tribus du Nord ont luttées, combattues et sacrifiées ce qu’elles ont de plus cher pour défendre l’inviolabilité des territoires de Billade Chinguitti, que Xavier Coppolani a tout bonnement appelé la Mauritanie.

De 1960 à ce jour, les régions du Nord continuent à soutenir économiquement la viabilité de l’État mauritanien, grâce à leurs ressources naturelles, notamment la Pêche, l’Or et le Fer.

Il est donc tout à fait logique et naturel, sinon la moindre des choses, que le tout nouvel aéroport de Nouakchott, construit avec les milliards de la SNIM, commémore le sang des braves martyrs de cette grande région, sans laquelle la Mauritanie n’aurait jamais vu le jour, selon les termes mêmes de feu le Président Mokhtar Ould Daddah.

Maître Takioullah Eidda, avocat
Québec, Canada
quebec171[at]gmail.com
 06.08.15
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