9.6.08

La ruse de trop

Par Baba M. Sayed

Il y a quelques mois, le roi du Maroc a promis au gouvernement mauritanien une visite royale, en bonne et due forme, à Nouakchott, pour, dit-on, permettre aux deux partenaires de signer des accords dans différents domaines et ainsi renforcer leurs relations bilatérales et leur donner une impulsion nouvelle.
Deux jours avant le déroulement de la visite promise et tant attendue du côté mauritanien, le roi se décommande à la grande surprise de ses futurs hôtes mauritaniens. Du coup ces derniers se perdent en conjectures sur les véritables raisons qui ont amené le roi à « se défiler » de la manière
Les différents prétextes avancés « officiellement » par la Maison royale pour justifier l’annulation du voyage royal, insécurité et menaces terroristes, agenda chargé du roi… etc., ne semblaient pas, loin s’en faut, pertinents et en plus ils n’ont convaincu personne.
Il aura fallu attendre quelques jours pour que les langues se délient enfin et que l’on découvre que le roi - qui comme, par ailleurs, tous ses prédécesseurs sait profiter de la faiblesse de la Mauritanie et n’hésite pas, chaque fois qu’il en a la possibilité, de l’humilier - a posé aux autorités mauritaniennes, dans les heures précédant de peu son désistement programmé, des conditions qui ressemblent fort bien à un ultimatum : si vous voulez que Nous venons chez vous, il faut mettre, et sans attendre, à la porte votre ministre des affaires étrangères et le remplacer par un autre qui soit moins favorable aux thèses de l’autre partie (entendez le Front Polisario) et plus disposé à l’égard du Royaume.
Prodigieusement embarrassées mais ne souhaitant pas mettre à mal leurs rapports avec la Monarchie marocaine en donnant l’impression au roi qu’elles rejettent son ultimatum, les autorités mauritaniennes ne trouvent rien de mieux que de faire jouer le temps en attendant le moment propice de ravaler leur fierté et de châtier le ministre coupable.
Bien que le roi ait annulé sa visite, l’État mauritanien ne désespère de le ramener à de meilleurs sentiments. Il décide de déployer tous les efforts et d’user de tous les artifices, y compris les plus indignes d’un État qui se veut souverain et indépendant, pour « calmer le jeu » et apaiser l’ire royale.
A cet effet, il dépêche au Maroc, dans les semaines qui ont suivi l’annulation de la visite royale, un haut gradé de l’armée mauritanienne, connu pour ses accointances avec le Makhzen, porteur d’un message urgent et dit-on d’une importance capitale et dont le contenu peut se résumer ainsi : La Mauritanie qui tient par-dessus tout à ses relations privilégiées avec le Maroc, veut donner toutes les assurances à sa Majesté qu’elle se fera un plaisir et un devoir de se débarrasser, à la première occasion, du ministre fautif. L’État mauritanien est fermement décidé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour convaincre le roi et son gouvernement sa permanente et constante disponibilité à lever tout obstacle qui pourrait se dresser, dans le présent ou à l’avenir, devant l’existence de relations profondes et apaisées avec le Royaume chérifien.
Les officiels marocains qui ont une longue tradition dans la manière de profiter de la faiblesse de leurs « frères » voisins, prennent bonne note du message sans pour autant donner le moindre espoir au messager mauritanien quant à la possibilité d’une programmation d’une nouvelle visite de la part du roi dans son pays
Qu’à cela ne tienne !
Le président mauritanien procède quand même à un remaniement ministériel qui lui permet de se débarrasser, comme promis aux autorités marocaines, du ministre des affaires étrangères coupable d’entretenir des rapports suivis et amicaux avec les Sahraouis.
Le plus étrange est que le Palais n’a pas eu la réaction positive que l’on attendait avec impatience à Nouakchott. La Mauritanie qui s’attendait à être récompensée pour sa « vassalité » n’a récolté qu’un souverain mépris de la part du Palais royal. Mais qu’importe. A Nouakchott on est décidé à tout faire pour faire débarquer à Nouakchott ould Moualay Al-Hassan !!
Alors cette fois, au lieu d’un haut gradé de l’armée, le gouvernement mauritanien pour « décider » le roi, envoie une délégation des élus de la nation conduite par le président du Parlement.
N’ayant plus d’ennemi dans le gouvernement dont elles peuvent réclamer la tête, les autorités marocaines somment leurs hôtes de dire qu’ils apprécient l’initiative marocaine d’autonomie interne pour le Sahara Occidentale et qu’ils la considèrent, à l’exclusion de toute autre, comme pouvant favoriser ; la solution de la question sahraouie. Ce que ces derniers, ou du moins leur président n’hésite pas à faire. Et c’est là la ruse de trop
Avec les déclarations intempestives du président du Parlement mauritanien sur la supposée autonomie du Sahara Occidental, les Sahraouis se sont sentis, une nouvelle fois, trahis par les autorités opportunistes mauritaniennes.
Et pour recréer, à l’avenir, les conditions d’une réelle confiance entre les deux peuples et les deux États, il faut décidément de nouvelles générations au pouvoir en Mauritanie qui sachent apprécier à leur juste valeur les énormes et importants sacrifices consentis au quotidien, et ce depuis plus de trois décennies, pour permettre au peuple mauritanien de connaître la paix sur ses frontières nord et à ses gouvernements successifs de jouir d’une réelle stabilité.
09.06.08
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3 comentarios:

Anónimo dijo...

Mauritania además tiene que apreciar en su justa medida el aporte objetivo que miles de saharauis vienen haciendo durante treita años a ese pais, en pro de su estabilidad, paz social y desarrollo económico.Las exigencias y reivindicaciones del Majzen es harto conocido queson insaciables y de eso saben mucho sus otros vecinos, argelia y España por ejemplo. Los acuerdos económicos con mauritania son una cortina de humo, porque este pais lleva pidiendo recursos a Marruecos desde hace tiempo y no ha recibido nada, hasta que no sucumbe a sus demandas con el Sahara y aun así, tampoco reibirá nada y de eso tambien saben mucho otros paises africanos. Y sobre el Sahara le molesta que en mauritania empieza haber un debate publico y en los medios favorable a la causa que se traduce en encuentros, declaraciones y visitas de importantes Partidos al Polisario y le moleta sobremanera que los argelinos firman y hacen por el desarroLlo de maurtitania...sin necesidad de hablar del Sahara.Hay que felicitar al Polisario por el trabajo hecho en los últimos tiempos en Mauritania, pero no es suficiente todavia: la presencia numérica de saharauis, los interesases compartidos, las relaciones sociales etc., tienen que tener un directo reflejo a nivel de la política exterior mauritana con relación al sahara, cosa que en la actualidad tiene a difuminar en la ambivalencia, quiza habría que empezara trabajar con el pueblo mauritano directamente.
Larusi

Mohamed Mahamud Embarec dijo...

L'AUTRE RUSE
Le 9/6/2008, cette tribune a publié une contribution de Monsieur Baba Sayed sous le titre "La ruse de trop". Je tiens à souligner la pertinence ainsi que l'objectivité de son opinion sur le sujet traité. Il s'agit, sans doute, d'une ruse de la part du régime marocain destinée à chanter le gouvernement mauritanien, mais je voudrais aussi parler d'une "autre ruse", celle de l'auteur même de cet article, destinée à couvrir la trahison qu'il a commis envers son peuple (le peuple sahraoui) en salissant l'image du Front Polisario dans une interview publié par le magazine pro-marocain "Jeune Afrique" au moment où il a décidé d'émigrer au Canada et demander l'asile politique, objectif pour lequel il n'a pas hésité à s'en prendre aux autorités du Front Polisario dans le but d'obtenir le statut de réfugié politique. Aujourd'hui, après avoir lu ses articles, je me pose des questions sur le but de ces exposés. Est-ce dans le but de servir la cause sahraoui ou est-ce seulement "une autre ruse" qui serait, éventuellement suivie d'autres articles qui serviront d'intoxication et de propagande anti-sahraoui? Seulement l'avenir nous donnera une réponse à ces questions. Non obstant, je tiens à mettre en garde mes compatriotes sahraouis contre ce personnage dont le passé a démontré qu'il est peu fiable.

Mohamed Mahamud Embarec
Bruxelles

Anónimo dijo...

Depuis l'indépendance de la Mauritanie jusqu'à nos jours, ce pays a toujours eu comme ligne diplomatique, tacite, mais imperturbable, de ménager les voisins jugés versatiles.
Aux yeux des sages mauritaniens, le Maroc et le Senegal se sont toujours ligués pour jeter des peaux de banane sur le chemin de leur pays. Pour un micro-état islamique, ayant une superficie de plus d'un million de km2 et aux frontières hyper poreuses, il serait plus judicieux de caresser les voisins dans le sens du poil que de chercher à leur donner un quelconque prétexte. C'est suivant cette logique que les relations ont été tissées avec Israel.C'est aussi le même raisonnement qui a conduit à la "neutralité positive" en ce qui concerne Le Sahara, un concept vide ( dites-vous ) mais qui cadre bien avec la philosophie mauritanienne.
Les relations mauritano-marocaines obéissent à cette quête constante de la stabilité de la Mauritanie. C'est aussi dire que la requête marocaine de voir les sahraouis traqués, diabolisés...ne sera jamais suivie d'effet tout comme l'appel de Baba ould seyed aux tensions avec le Maroc.
Ould Banemou
Lille